Dossier: Automutilation

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Arm of young Indian man showing scars of cutting against black background

Je vais vous parler d’un problème silencieux mais bien présent qui existe déjà dans notre société mauricienne : L’automutilation. C’est un fléau qui ravage déjà nos jeunes, car en une année j’ai déjà rencontré plusieurs personnes qui se sont mutilées. Cependant, c’est un mal silencieux et invisible, car celui qui s’automutile arrive bien souvent à se fondre dans la masse de la société.  Les pays européens, les États-Unis, et même orientaux sont déjà actifs à vouloir détecter au plus tôt ces symptômes, je pense que nous devrions aussi nous préparer, car après tout, notre société copie considérablement le mode de vie des jeunes de ces pays.

L’automutilation consiste à se blesser soi-même volontairement sans intention de se donner la mort. C’est une manière de s’échapper d’un moment émotionnellement difficile. Cette méthode aide certaines personnes à se sentir temporairement mieux parce qu’elles ont ainsi un moyen d’exprimer physiquement la souffrance qu’elles ressentent intérieurement et de relâcher la tension qu’elles éprouvent. Cette pratique produit en effet des changements chimiques dans le corps qui conduisent à se sentir mieux et plus détendus. De là peut donc subvenir la notion de dépendance.

Un phénomène tabou: L’automutilation est souvent perçue comme un phénomène nouveau, car il s’agit d’un sujet peu exploré et socialement tabou. Or, des personnes qui fonctionnent bien en société adoptent de tels comportements. Elles posent habituellement ces gestes automutilatoires en cachette car elles ont honte. Les comportements automutilatoires nous inquiètent et nous perturbent : lorsqu’ils sont rendus publics, on préfère même souvent les ignorer. En effet, l’entame corporelle délibérée frappe les esprits car elle témoigne d’une série de transgressions insupportables pour nos sociétés occidentales. En s’agressant ainsi, l’individu brise la sacralité sociale du corps. La peau est une enceinte infranchissable sinon à provoquer l’horreur. De même, il est impensable que quelqu’un se fasse mal en toute conscience sans qu’on invoque à son encontre la folie, le masochisme ou la perversité. (Le Breton ; 2003, p. 10) Les gestes automutilatoires perturbent aussi car ils blessent le corps humain, élément central de l’identité personnelle. Il est généralement difficile de comprendre pourquoi une personne lacère son corps alors que chaque individu est habituellement prêt à poser de nombreux gestes afin de l’embellir.

 Définition : L’automutilation est le fait qu’une personne s’inflige délibérément des blessures. Par blessures, on entend se faire mal au point de laisser des marques corporelles. Se blesser devient une réponse à une situation difficile psychologiquement. L’automutilation traduit l’expression d’une souffrance.

Il y a deux types d’automutilation :

  • Automutilation récurrente : est celle qui réapparaît et se produit à plusieurs reprises.
  • Automutilation réactive : est pratiquée en réaction à une situation, la personne réagit.

L’automutilation est donc définie comme une blessure intentionnellement affligée à soi-même, par soi-même, une violence physique dans l’intention de se faire mal sans se donner la mort.

S’agit-il d’une tentative de suicide ? D’habitude, les gens qui s’automutilent ne cherchent pas la mort. Cependant, les coupures peuvent parfois entraîner des séquelles mortelles : parfois, les gens se coupent trop profondément et meurent accidentellement de leurs blessures.

Origine: Son origine est difficile à déterminer et à comprendre, la plupart des gens sont d’ailleurs incapables de se souvenir où ils ont eu l’idée de se blesser pour la première fois ni même quand ils ont commencé à s’automutiler.

Ces personnes ne possèdent pas de caractéristiques propres à ces troubles. Ce sont des hommes, des femmes, ou des adolescents. Certains sont d’anciens alcooliques ou drogués qui cherchent une nouvelle manière d’atténuer temporairement la souffrance morale, d’autres souffrent de troubles alimentaires, tels que la boulimie ou l’anorexie ou ont été abusés dans leur passé etc. Mais ces personnes peuvent très bien n’être rien de tout ça, me ressemblant, vous ressemblant, mais ayant tout de même un même point commun ; un malaise psychologique, typique, psychotique ou physique qui les poussent jusqu’à la souffrance. Cependant, il existe aussi depuis peu l’influence associée au mouvement rock. Les adeptes de Marylin Manson et autres sont aussi connus pour leurs excès ‘satanique’ mais aussi de mutilations.

Leurs émotions et leurs pensées interviennent d’ailleurs avant, pendant, et après l’acte. Le mal-être ou des pensées négatives poussent à l’automutilation, lors de cette pratique apparaît le besoin de se faire mal, qui laisse place au soulagement, puis à la culpabilité lorsque celle-ci est terminée. Quant aux adeptes de rock, c’est souvent sous l’emprise ou plutôt sous l’émotion d’une chanson ou à la suite d’une chanson qu’ils passent à l’acte.La personne qui s’automutile le fait généralement pour mettre fin à des sentiments trop intenses tels que la tristesse, la colère, l’angoisse, la culpabilité… La personne passe à l’acte car elle n’est pas en mesure de verbaliser ses émotions, c’est un appel à l’aide. La méthode la plus utilisée est de se couper mais cela inclut aussi les coups, brûlures et bien d’autres types d’atteintes corporelles.

L’automutilation est à différencier des tatouages, piercings ou autres scarifications. Le rapport au sang n’est pas du tout le même et la douleur fait partie du rite d’initiation, elle n’est pas vue comme une expiation.

L’endroit du marquage peut être unique ou multiple, sur une partie spécifique du corps ou non. D’ailleurs, pour certains adolescents, l’apaisement se fait exclusivement grâce à la vue de l’écoulement du sang, alors que pour d’autres, il s’effectue par la blessure en elle-même ou par la douleur qui en ressort.

Bien sûr, tout ceci n’est que très général et tout le monde ne réagit pas de cette façon, mais pour la plupart du temps il en est ainsi.

Comme elle peut être impulsive, l’automutilation peut tout aussi bien être prévue et considérée par certains comme un véritable rituel. L’environnement, les instruments ou encore la procédure de cette pratique seront dans des cas essentiels pour l’effectuer, à tel point que si le rituel n’est pas respecté ou effectué correctement l’acte se voit remit à plus tard.

Il existe différents moyens de se faire mal. Qu’ils soient, psychotiques ou physique, en voici quelque uns :

Se couper: C’est la façon la plus courante. Faite en général avec un couteau, un rasoir, un morceau de verre ou un objet tranchant. La plupart des coupures sont faites sur les bras, les jambes, les poignets ou la poitrine, mais certains se coupent sur d’autres parties du corps, ventre, visage, cou, seins et organes génitaux. Se couper aux bras ou aux poignets est le plus courant, car les excuses sont plus plausibles (par exemple, on peut dire qu’on s’est blessé en faisant la cuisine).

Se brûler: Aussi une façon courante de se faire mal. Faite en général avec une cigarette, un briquet, des allumettes, les plaques de la cuisinière, des objets chauffés (fers ou récipients chauds) ou des objets brûlants. Parfois, on utilise des liquides inflammables, tels essence, propane, alcool ou essence briquets. Comme la coupure, la brûlure est souvent faite sur les bras, les jambes, les poignets ou la poitrine.

Interférence avec le soin d’une blessure: Souvent, on interfère inconsciemment avec le soin d’une blessure, mais c’est considéré comme de l’automutilation quand cette interférence est faite délibérément. Ça peut inclure, retirer des points avant terme, mettre des aiguilles dans la blessure, ou faire d’autres choses qui empêchent la guérison.

Se taper: Se taper avec les poings est une autre façon de se faire mal. Généralement, on se tape sur la tête ou les cuisses. Bien que ça n’est pas l’air aussi sérieux que se couper ou se brûler, c’est fait pour les mêmes raisons et dans le même but.

Se ronger les ongles: Beaucoup de personnes se rongent les ongles, mais quand c’est fait dans le but de se faire mal, c’est fait de façon plus intense et plus fréquente. Ça peut aller jusqu’à endommager les ongles et des cuticules. Certains se rongent les ongles à sang.

Se gratter: Chose fréquente parmi la plupart des gens, se gratter peut également devenir une façon de se faire mal. Ceux qui le font dans ce but, le font de façon plus intense, plus fréquente et plus continue. Les parties de la peau deviennent à vif et peuvent saigner. Souvent fait avec les ongles, il arrive qu’on utilise également un objet tranchant ou semi-tranchant, genre couteau, peigne ou crayon. C’est parfois fait inconsciemment.

S’arracher les cheveux: Les cheveux ou les poils sont arrachés du scalp, des sourcils, de la barbe, mais peuvent également être arrachés de n’importe quelle partie du corps. Les endroits dénudés sont généralement cachés par un chapeau, un pansement ou des lunettes de soleil.

Se casser les os: C’est une façon plus rare de se faire mal, mais c’est aussi très sérieux et très grave. On se casse les os en général avec un marteau, une brique ou un objet lourd. Parfois, les gens se jettent contre des murs ou des portes.

Pourquoi s’automutile-t-on ?

Lorsqu’il est question de gestes automutilatoires, plusieurs questions nous viennent en tête : Qu’est-ce qui pousse une personne à s’automutiler une première fois ? Que vit-elle de si souffrant pour vouloir porter atteinte à son corps ?

A quoi peut servir ou quelles fonctions associer à l’automutilation ?

  • Fonction identificatrice : les blessures servent de béquille pour se préserver d’un plus grand effondrement. Aussi, les personnes qui s’automutilent se soutiennent et se donnent des conseils ce qui leur permet de créer un lien social.
  • Fonction d’apaisement : en effet, même si le geste en lui-même provoque de la douleur dans l’après-coup, elles lui permettent un apaisement temporaire.
  • Fonction de communication : à travers cet acte, l’adolescent peut chercher à attirer l’attention sur ses difficultés car il ne parvient pas à exprimer ce qu’il ressent.
  • Fonction d’expression de l’agressivité : beaucoup expliquent s’infliger des blessures pour éviter de ne s’en prendre à autrui.
  • Fonction d’auto-punition : ils s’infligent des douleurs, des blessures pour se punir d’avoir eu de mauvaises pensées.

Conséquences

  • Faible estime de soi
  • Repli sur soi
  • Difficulté à gérer ses émotions
  • Problèmes relationnels avec les membres de sa famille, ses pairs, etc.
  • Difficultés scolaires
  • Risques de dépendance

Comment Réagir ? L’adolescent rencontre des difficultés à communiquer, à se livrer. Il est important de se centrer sur la personne qui s’automutile plutôt que sur son comportement. Résoudre le problème de l’acte sans comprendre le problème de fond n’est généralement pas suffisant et ne mène alors qu’à le remplacer par d’autres comportements autodestructeurs.

L’automutilation représente l’expression d’une douleur qu’ils ne parviennent pas à exprimer, il leur est donc difficile de parler de leur souffrance à quelqu’un. Leur moyen de s’exprimer est de se blesser. Les brusquer ou les forcer à parler à un professionnel n’est pas une solution et ne fera que les amener à se replier sur eux-mêmes.

Comment aider ?

  • Leur parler et essayez de comprendre leurs sentiments.
  • S’intéresser à eux et à leur problématique
  • Les aider à se renseigner sur l’automutilation en faisant des recherches (internet ou à la bibliothèque) pour mieux comprendre leur situation. Ceci permet de démystifier la problématique.
  • Se renseigner avec eux sur les possibilités d’aide (suivi thérapeutique).

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