Histoire du Christianisme: Les chrétiens sous Trajan

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Histoire du Christianisme:   Les chrétiens sous Trajan — Lettres de Pline et de Trajan (103-107)

À la fin du premier siècle et durant la première partie du second, le refus persistant des chrétiens de prendre part à aucun acte du culte, soit en l’honneur des dieux ou pour rendre hommage à l’empereur, commença à attirer sur eux l’attention du gouvernement romain. Il y avait une loi contre toutes les religions non sanctionnées par l’État, et cette loi pouvait, d’un moment à l’autre, être mise en vigueur. C’était une épée constamment suspendue sur la tête des chrétiens. Ils couraient aussi le danger d’être amenés devant les gouverneurs à cause des troubles et séditions fomentés contre eux par les prêtres des idoles, par ceux qui fabriquaient des images, et qui craignaient, comme Démétrius, que leur métier ne fût réduit à néant, et enfin par tous ceux qui vivaient des spectacles et des jeux publics, auxquels on ne voyait pas assister les disciples de Christ. De plus, vers cette époque, il circulait d’étranges accusations contre ceux dont le monde ne savait guère que ce fait, qu’ils vivaient à part de lui. Par crainte de la persécution qui ne sommeillait jamais longtemps, ils étaient obligés de se réunir en secret, et il ne manquait pas de gens pour insinuer que dans ces réunions il se passait des choses qui n’auraient pas supporté la lumière.

De bonne heure, sous le règne de Trajan, un édit avait été rendu, déclarant illégales toutes les corporations et associations. Cette loi mettait en danger toutes les petites communautés de chrétiens.

Les lettres échangées entre l’empereur Trajan et le célèbre écrivain Pline le jeune, ami de l’empereur nous donne une idée de la persécution qui sévissait alors.

Pline avait été envoyé comme gouverneur des provinces du Pont et de la Bithynie dans l’Asie mineure. Des personnes avaient été amenées devant lui accusées de christianisme. Le cas était nouveau pour lui, il ne savait comment agir à l’égard de ce genre de délit, et, dans sa perplexité, il demanda conseil à l’empereur, en lui exposant comment jusqu’alors il avait procédé contre les accusés. Voici quelques passages de sa lettre :

« Avant de venir dans cette province », dit-il, « je n’avais jamais eu l’occasion d’assister à un interrogatoire de chrétiens. Je ne sais donc comment agir et décider, soit dans l’instruction de leur cause, soit dans le châtiment à infliger. Faut-il punir comme si être chrétien est en soi-même un crime, ou bien seulement s’il est accompagné d’autres délits ? Faut-il faire quelques différences en tenant compte de la jeunesse ou de l’âge des accusés ?… En attendant, voici comment j’ai procédé à l’égard de ceux qui étaient amenés devant moi comme chrétiens. Je leur ai demandé s’ils étaient des chrétiens. Le confessaient-ils, je réitérais ma question une seconde et une troisième fois en les menaçant de mort, s’ils persistaient. Persévéraient-ils dans leur confession, j’ordonnais qu’ils fussent emmenés, les uns pour être exécutés, les autres, comme citoyens romains, pour être envoyés à Rome, afin d’y être jugés ».

Pline donne de sa sentence la raison suivante : « Je ne mettais pas en doute que, quoi qu’il en fût de leur confession, leur obstination ne dût être punie ».

L’écrivain continue : « Il m’a été remis récemment une accusation anonyme qui renfermait les noms d’un certain nombre de personnes. Les ayant interrogées, quelques-unes nièrent d’être ou d’avoir été chrétiennes, invoquèrent les dieux comme je le leur prescrivis, offrirent devant tes images de l’encens et du vin, et injurièrent le nom de Christ — toutes choses, m’a-t-on dit, auxquelles on ne peut forcer un vrai chrétien. C’est là le résumé de leur erreur. Je trouvai donc bon de les relâcher. D’autres confessèrent d’abord qu’ils étaient chrétiens, mais ensuite le nièrent… Quant à leur précédente religion — qu’elle soit une erreur ou un délit — voici ce qu’ils déclarèrent : ils ont coutume de se réunir un certain jour avant le lever du soleil et de chanter ensemble une hymne à Christ comme à un Dieu. Puis ils s’engagent par serment à s’abstenir du mal, à ne commettre ni fraude, ni vol, ni adultère, et à ne pas manquer à leur parole. Après cela, ils ont l’habitude de se séparer pour se rassembler plus tard dans la journée et de prendre part ensemble à un repas simple, paisiblement, et sans aucun scandale. Mais ils ont laissé cette dernière coutume depuis l’édit rendu par ton commandement et qui défendait tout rassemblement ».

Pline était un philosophe, un homme poli et raffiné, bienveillant et généreux, et cependant il n’hésitait pas à employer le moyen le plus barbare pour découvrir toute la vérité touchant ce qu’il traitait de « superstition absurde ». Voici comment il continue :

« Après ce rapport, il me sembla d’autant plus nécessaire d’interroger, en leur appliquant la torture, deux femmes, de celles qu’ils nomment diaconesses. Mais sauf une méchante et absurde superstition, je n’ai rien pu tirer d’elles… Le nombre des accusés est si grand que l’affaire mérite une sérieuse considération. Beaucoup de personnes des deux sexes, de tout âge et de toute condition, sont accusées, et un plus grand nombre encore le seront, car la contagion de cette superstition a envahi non seulement les villes, mais les plus petits endroits et les campagnes ».

Pline dit ensuite qu’à son arrivée, les temples étaient presque abandonnés, que les cérémonies sacrées étaient interrompues depuis longtemps, et que les victimes pour les sacrifices ne trouvaient que de rares acheteurs. Mais il laisse voir en même temps que ses efforts pour arrêter les progrès de la superstition n’ont pas été vains, et il termine en disant : « On peut penser qu’un grand nombre pourront être ramenés, si le pardon est assuré à ceux qui se repentent ».

L’empereur répondit à Pline : « Tu as parfaitement agi, mon cher Pline, dans ta manière de procéder à l’égard des chrétiens amenés devant toi. Il est évident que dans des affaires de ce genre, on ne peut poser aucune règle générale. Ces gens ne doivent point être recherchés. Mais s’ils sont accusés et convaincus d’être chrétiens, ils doivent être punis de mort, avec cette restriction toutefois, que si quelqu’un renonce au christianisme et le prouve en invoquant les dieux, on le renverra absous à cause de son repentir, quelque qu’ait été sa conduite antérieure. En aucun cas, les dénonciations anonymes ne doivent être reçues ; elles sont un moyen dangereux et qui ne s’accorde nullement avec les principes de notre temps ».

Telle fut la réponse du puissant empereur au philosophe son ami, en un temps qui se vantait de ses lumières et de son urbanité. Mais la parole de la croix a toujours été une folie pour les sages et les intelligents de ce siècle. Combien il eût été facile à ces chrétiens méprisés de sauver leur vie en jetant dans le feu quelques grains d’encens et en s’inclinant devant la statue de l’empereur ! Mais ceux qui suivaient cette « superstition » absurde et incompréhensible pour l’esprit du Romain lettré, savaient bien ce que voulait dire cette cérémonie insignifiante en apparence. Ils refusaient de racheter leur vie en étant infidèles à Christ. Ils gardaient sa parole et, comme le proconsul lui-même est forcé de l’avouer, ils ne voulaient pas renier son nom.

Les lettres citées, sont importantes à plus d’un égard. D’abord, bien qu’il ne s’agisse que d’une province de l’empire, nous voyons par un témoignage irrécusable que le christianisme, était déjà considérablement répandu, au point de faire presque disparaître le paganisme dans cette province. On comprend que Satan fît tous ses efforts pour garder ses forteresses contre la puissance de la vérité. On voit aussi quelle était cette puissance dans les cœurs et la vie de ceux qui croyaient. En effet, le seul crime dont on pouvait accuser et convaincre les chrétiens, était le refus d’adorer les images de l’empereur, d’invoquer les dieux et de maudire Christ, celui qu’ils regardaient comme leur Dieu Sauveur ; mais leur vie était sans reproche. Ce témoignage d’un païen en faveur des chrétiens de cette époque est bien puissant.

Remarquons encore ce que Pline dit de leurs assemblées, d’après le rapport qui lui en est fait, et qui est confirmé sous la torture même. Ils se réunissaient pour chanter les louanges de Christ et prendre un repas en commun. Il s’agit sans doute de la Cène du Seigneur et des agapes ou repas d’amour qui l’accompagnait souvent, comme on le voit à Corinthe (1 Corinthiens 11). À cette époque, les assemblées des chrétiens étaient caractérisées par la simplicité. Le souvenir du Seigneur dans sa mort, « annoncer » cette mort, en constituait le fond.

Une circonstance bien intéressante et qui montre d’une manière touchante les soins de Dieu pour les siens, est le lieu où se passaient ces scènes entre le savant et riche gouverneur Pline, et les pauvres et humbles chrétiens. C’était en Bithynie et dans le Pont. Or, si nous lisons le commencement de la première épître de Pierre, nous verrons qu’elle est adressée « à ceux de la dispersion, du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bithynie ». Elle était donc envoyée aux pères des martyrs du temps de Trajan. Peut-être quelques-uns vivaient-ils encore, et il n’est pas invraisemblable que l’apôtre Pierre ait travaillé parmi eux. Combien les exhortations et les encouragements de cette épître étaient à propos pour ceux qui comparaissaient devant Pline dans ces temps difficiles ! Ils se souvenaient sans doute de ces paroles, bien propres à les fortifier : « Si vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux ; ne craignez pas… et ne soyez pas troublés, mais sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos cœurs ; et soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3:14-15). Quelle consolation pour eux de se rappeler que « les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles… tournées vers leurs supplications ». Que pouvaient contre de telles gens qui avaient en vue « un héritage incorruptible », qui étaient « gardés par la puissance de Dieu » pour un si heureux avenir, que pouvaient contre eux les menaces et les châtiments d’un Trajan ou d’un Pline ?

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